Parallèles est un défi : celui de parler de la relation entre Architecture et Désir. Nous entendons ici le désir dans son sens complet, tendant vers l’action car toujours insatisfait, mais également, comme le signifie son étymologie, qui est nostalgie de l’étoile. C’est à dire sans guide, face à une foule de possibles.

 

    À travers l’étude et la comparaison de trois grands axes: le conçu, le réinvestis et le virtuel, En Quête d'Eros tente d’analyser, déchiffrer et comprendre la relation houleuse entre architecture et érotisme. Notre mémoire parcours les époques et ses moeurs à travers l’étude d’un échantillon de lieux de dragues, espaces de rencontres amoureuses ou/et sexuelles, et architectures fantasmées.

 

    Les espaces conçus ouvrent notre travail avec l’étude de deux cas remarquables autant par leur architecture que par intérêt sociologique : les Folies, issues de la Renaissance Italienne, ainsi que les Love Hotels, originellement propre au Japon.

 

    À contre-pieds de ce premier chapitre composé d’un travail écrit de recherches, d’études et de comparaisons, nous avons pour la seconde partie du mémoire sortis casques de chantier, mètre et bottes afin d’explorer physiquement plusieurs espaces réinvestis dans l’hexagone. S’appuyant sur de nombreuses recherches préalables traitant du détournement, de sa symbolique, ainsi que des « rites » entourant ces lieux de rencontres sexuelles nous avons effectué un relevé complet et méthodique de trois architectures détournées : l’église Notre Dame de la Salette, les bunkers de la rade de Brest ainsi que la batterie de Bievres. Un condensé de notre reportage photographique et relevé architectural accompagne le mémoire papier que nous vous avons remis, cependant, l’intégralité de ce travail est présent sur le cd-rom inclus dans notre dossier.

 

    Le mémoire se clôt sur les espaces de rencontres virtuelles. Cette partie nous semblait indispensable pour compléter notre réflexion, bien que traitant l’architecture de manière plus conceptuelle. Tout au long de nos recherches deux questions se sont constamment imposées : pourquoi de tels lieux de liberté apparaissent et comment sont-ils constamment récupérés. Le virtuel ne fait pas exception bien que les débuts d’Internet portaient avec eux l’espoir de l’accès pour tous à l’espace érotique.

 

    La rencontre amoureuse et sexuelle est en définitive un révélateur de notre monde. L’étude spatiale et sociale menée au fil de notre mémoire tient lieu de prisme : l’ensemble des jeux de contrôles et pouvoirs que nous avons relevé au fil de notre travail reflète l’inévitable tentative de reconquête de tout lieu échappant à la norme, de tout lieu atopique.

 

    Le travail que nous vous présentons aujourd’hui est la raison et le symbole d’un tournant dans notre pratique et vision de l’architecture. Notre méthode de travail s’est forgée au fil du mémoire : nous pensons que l’étude spatiale et sociale d’un lieu n’est pertinente que lorsque l’on voit et parcourt de manière consciente et instruite.

 

 

    Nous aimons dire que nous travaillons par actions spontanées réfléchies.

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    Ce travail de mémoire a été présenté à l'aide d'un dispositif résolument simple, mais qui s'avéra terriblement efficace.

    Une salle de cours de l'Ecole Spéciale a été choisie pour sa taille modeste, mais surtout pour le fait qu'elle soit connue et fréquentée par tous. A été construite et mise en place une cloison en miroirs qui venait scinder cette espace en deux parties: l'une semblable à la pièce familière dont les dimensions amoindries étaient contrebalancées par l'illusion de profondeur obtenue par les miroirs, la seconde cachée, à la configuration plus brute mais en même temps plus confidentielle.

Unique indice d'une alternative à l'usage en tant que salle de cours de ce lieu: les tubes fluorescents éclairant la pièce avaient été enlevés à l'exception d'un seul à la frontière entre les deux mondes, qui suggérait l'emplacement de la porte dérobée tout en conférant un mystérieux éclairage à l'ensemble.

 

    Les membres du jury déconcertés, furent invités à pénétrer cet envers du décor pour y découvrir notre ouvrage de mémoire. Tout au long de notre présentation et des échanges qui en découlèrent s'instaura graduellement une atmosphère intime et libérée - processus interne proche du ressenti opérant dans les lieux que nous avions arpentés - qui amena la parole de chacun sur des terrains habituellement réservés à la confidence.

 

    Quelle ne fût pas la surprise en sortant de cette capsule d'apercevoir tout un groupe d'élèves, arrivés au compte-gouttes, installés silencieusement aux tables de cours afin d'écouter religieusement aux portes!

Mémoire de fin d'études, réalisé en collaboration avec Pola Noury